20 mars 2009

No Milk today - 19 Mars 2009

 

HarveyMilk
               

Le spectateur attentif aura remarqué que le genre biographique a été très en vogue cette année : "Séraphine", "Che", "Mesrine" pour ne citer que les plus illustres. Il faudra y rajouter, désormais, le dernier long métrage de Gus Van Sant, "Harvey Milk".
Seul le cinéma possède cette singulière capacité de ressusciter, l'espace de quelques minutes, ces personnages. Et il arrive, parfois, que ces derniers réussissent - après avoir marqué leur temps -  à marquer nos mémoires, du moins à nous donner une forte impression.

Je l'avoue humblement, je ne connaissais rien de l'histoire de ce premier supervisor (conseiller municipal) de  la ville de San Francisco, ouvertement gay. Je confesse même, un peu honteusement, que j'ignorais jusqu'à son existence... Problème de génération, manque de reconnaissance de la communauté LGBT  (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) ou, ce qui est plus sûr et qui froissera moins, absence de travail sur son héritage.

Il n'est pas question, ici, de produire une énième critique - d'autres l'ont fait avec beaucoup de talent. Le temps n'est plus à cela. Interrogeons-nous, simplement et de manière non exhaustive, sur le sujet principal de ce film : la question du combat pour les droits civiques des homosexuels.

Certes, l'homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), depuis 1993. Certes, être homosexuel n'est plus considéré comme un délit, en France, depuis 1982. Certes, les descentes policières dans les bars et autres lieux gays - visibles grâce à des images d'archives présentées au tout début du film - ne sont plus à la mode sous nos latitudes (notons qu'elles frappent toujours en Malaisie, en Chine, au Maroc ou encore en Egypte pour n'évoquer que de récents cas). Bien sûr, il y a eu le PACS et cerise sur le gâteau, Roger Karoutchi (secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement) - dans une opération de séduction qui ne trompe personne - a récemment fait son coming-out. Que faire de plus ? Désormais, tout ne serait que luxe, calme et volupté... Pas si sûr !

Une bombe a éclaté, en ce début de mois, sans que l'on s'y attende vraiment. Personne n'en parle plus mais elle est pourtant caractéristique du combat qu'il reste à mener pour l'égalité des droits. Nadine Morano (secrétaire d'Etat à la famille) a présenté un avant-projet de loi sur le statut des beaux-parents. Ce texte propose notamment de reconnaître aux beaux-parents de même sexe une responsabilité parentale et ouvre donc la porte à la reconnaissance de l'homoparentalité. Christine Boutin (ministre du Logement) a brisé, la première, la solidarité gouvernementale en affirmant qu'elle "n'accepterait pas que l'on reconnaisse l'homoparentalité et l'adoption de façon détournée". Xavier Bertrand (secrétaire général de l'UMP) lui a emboîté le pas en confirmant, à propos de cet avant-projet de loi, qu'il ne s'agissait aucunement "de ses convictions, ni celles de sa famille politique".

A la lumière de ces événements hexagonaux récents, ce film agit sur moi comme une piqûre de rappel salvatrice. Oui, il existe toujours des Anita Bryant et autres John Briggs* en France et dans le monde. Oui, la Californie (l'Etat même où a été élu Harvey Milk trente années plus tôt) a adopté, en novembre dernier, la proposition 8 visant à rendre inconstitutionnelle l'union entre homosexuels.
Comme le suggère ce titre repris, en guise de clin d'oeil, au répertoire des Herman's Hermits, la communauté gay ne manque t-elle pas cruellement d'un nouvel Harvey Milk aujourd'hui ?                           


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* Sénateur républicain de Californie ayant soumis au référendum, en 1978, la proposition 6, projet de loi qui envisageait le licenciement des professeurs homosexuels.

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